Roses à crédit, Elsa Triolet

Publié le par Amandine

IMG_0761.JPG Martine est issue d’une famille des plus modestes et son désir est de se soustraire à sa condition. Quand son amie d’école, dont la mère, Mme Donzert, est coiffeuse, parvient à ce qu’elle vienne vivre chez elle, c’est la libération : elle va enfin quitter ses nombreux frères et sœurs, sa mère aux mœurs volages et la saleté environnante de la misérable cabane qui leur fait office de foyer. Martine deviendra donc apprentie au salon de coiffure, dans un milieu où tout l’attire. Lorsque Mme Donzert part s’installer à paris, c’est tout naturellement que Martine la suit. Toujours désireuse de côtoyer la beauté et le luxe, elle intègre un institut de soins esthétiques où elle va fréquenter le beau monde. Le hasard faisant souvent bien les choses, elle retrouve fortuitement le garçon qui, depuis des années, fait battre son cœur et qui vit lui aussi dans la capitale. Ils se marient et s’installent dans leur appartement tout neuf, cadeau de mariage de M’man Donzert. La vie aurait pu suivre paisiblement son cours si Martine ne s’était pas laisser tenter par tous les colporteurs venus la démarcher. Désireuse de meubler son intérieur aux dernières tendances, ne se satisfaisant jamais longtemps d’une nouvelle acquisition, elle contracte crédit sur crédit et s’enferme peu à peu dans une situation bien critique mais surtout irréversible.

 

 

J’ai énormément apprécié cet ouvrage. Cette plongée dans la société de consommation des années 50-60  m’a beaucoup intéressée. On y comprend bien la perversité des achats à crédit et on sent très vite que Martine est aspirée par ses compulsions consommatoires. Elle développe une telle addiction qu’une marche arrière semble difficilement envisageable. L’argent qui lui brûle les doigts ne va pas seulement la plonger dans des difficultés financières incommensurables puisque, comme sous l’effet d’un raz de marée, c’est aussi l’équilibre de sa vie sociale et professionnelle qui va être balayée. Au fur et à mesure de la progression du roman, Martine devient méconnaissable. Grandeurs et décadence, tel pourrait être le sous-titre de ce roman, tant elle détruit aussi sûrement qu’elle l’avait bâti, le frêle édifice qu’est sa vie.

(Ma rencontre avec Roses à crédit remonte à quelques années, lorsque je donnais des cours particuliers. Un jour que je feuilletais le livre de français d’un élève, je suis tombée sur un extrait de ce roman qui a éveillé ma curiosité. J’en ai noté les références dans ma liste de PAL, dans mon portable. Liste que j’ai effacée au cours d’une manipulation maladroite dudit téléphone. Roses à crédit, comme une trentaine d’autres titres, m’a échappé en un quart de seconde. Jusqu’à il y a quelques mois où je suis tombée dessus chez Gibert en cherchant tout autre chose. Morale de l’histoire : un bon vieux carnet ne risque pas de s’effacer !)

 

 

Extrait (p 16) 

- Qu’est-ce que tu as, mais qu’est-ce que tu as, ma petite ? répétait Marie penchée au-dessus de Martine. Martine ouvrit les yeux… elle vit dans ces draps… elle vit le visage de sa mère, qui ne bougeait pas, son sourire une fois pour toutes… Elle serra les bras contre son corps, serra les genoux, serra les talons, les poings :

- Je veux m’en aller… dit-elle.

Au-dessus d’elle, le visage de Marie dans le halo de ses cheveux crépus ne changea pas d’expression.

 

 

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Publié dans Romans français

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